MON Mont Myon

Karma + jadore!! :wink: on sy croit vraiment! :smiley:

Suite et fin enfin de mes petits écrits… :slight_smile:

Partie 4 : Des moineaux dans la lumière des arbres vert dorés

J’atteins en quelques minutes la verticale du décollage, encore un peu collé au ciel. Avec le froid qui m’a étreint, j’ai envie de tuer le plus vite possible ces quelques 500m gratuits sous mes pieds, pour revenir dans la chaleur de l’été que les humains normaux connaissent.

J’engage alors une grosse descente en spirale, qui participera encore à mon perfectionnement pour cette manœuvre extrême. Je ne suis pas encore bien rassuré à tous les coups et j’ai toujours une appréhension pour la sortie des 360 impressionnants. Une fois prêt psychologiquement et redressé comme pour aller au combat, je me penche à gauche et descends le frein gauche profondément. En deux secondes, je commence à sentir l’énergie, cette tension dans la voile qui s’installe. Je tire encore plus et observe le beau bord d’attaque blanc tendu, pivoter et rejoindre l’horizon. La voile est installée sur ses rails, je ne sens plus de secousses, tout va très vite, et je m’efforce de bien mettre l’aile à l’horizontale, faisant face à la planète. C’est vraiment une des choses les plus impressionnantes que j’ai faites dans ma vie. La force centrifuge se fait sentir bien vivement maintenant. C’est dingue, ce réflexe qu’on a de se mettre à respirer très fort, comme si on courrait, pour assurer la circulation dans toutes les parties du corps. J’ai vraiment l’impression d’être dans une autre dimension : plus de haut ni de bas, tout tourne à cent à l’heure, scotché à la sellette par une force centrifuge énorme. Tout est lourd, tout est fixe, immobilisé au sein de mon embarcation. Pourtant, rien ne permet d’aller plus vite qu’avec cette manœuvre : je tombe du ciel à une vitesse incroyable vers le sol. Je dois juste me concentrer sur le seul monde qu’il me reste : le bout de mon aile et mes freins, pour garder une position stable. Comme une pointe à 180 sur l’autoroute, le moindre mouvement des mains aléatoires et c’est l’accident assuré. Après une trentaine de seconde d’excès de vitesse dans la troisième dimension, je relève les mains pour finir la descente et revenir à un vol normal.

J’ai perdu toute l’altitude que m’avait offerte Eole, et suis maintenant à quelques 50m au dessus du pré du décollage. C’est l’heure de m’amuser dans le vent faiblissant, comme c’est mon habitude après un beau vol de l’après-midi au mont Myon. Je me pose rapidement pour retrouver mes esprits, puis redécolle tranquillement pour un soaring dans la lumière des arbres vert dorés du début de soirée. Il reste encore de quoi tenir le long de la pente, et je remarque bientôt un petit groupe d’oiseaux, moineaux ou martinets, qui batifolent au raz des arbres. Je suis honoré de pouvoir leur rendre une courte visite, m’étant humblement autorisé à pénétrer sur leur territoire intime. Quelques virages au dessus de la crête arborée, à l’extrême sud de la colline, me permettent de les observer au plus près. Je touche presque les plus hautes branches des pieds par moments, entouré par les tout petits oiseaux qui tournoient à une quinzaine de mètres, dans le même espace que moi, à égalité. Cherchent-ils eux aussi un compagnon de vol ? Sont-ils en train de travailler à construire leur nid ? Peut-être qu’ils dinent de bons insectes réchauffés par l’après-midi, dans la restitution. D’ailleurs, je suis bientôt exténué et je ne vais pas tarder à moi aussi aller me mettre en quête de nourriture !

Posé à nouveau au sommet, j’admire une dernière fois la vue sur la plaine ensoleillée. Un dernier rite : quand toute la brise a presque disparue, quand il ne subsiste qu’un tout petit souffle, je gonfle la voile et m’assieds dans l’herbe, face au vent. Cet exercice, tout en finesse, me permet de refaire quelques minutes de vol contemplatif, sans prendre de hauteur bien-sûr, quand le vent de peut pas me sustenter. Le pilotage se fait au gramme près de tension dans les suspentes, tout autant qu’à la sellette. Et on en apprend sur le comportement en vol, en même temps que sur le pilotage au sol, encore plus et plus vite que dans les autres positions. Une fois rassasié de la vue et à bout, je fais une dernière course dans la pente, direction : l’atterrissage tout en bas. Pas une turbulence, pas un souffle pendant ce plouf ne viennent perturber la quiétude qui s’est installée sur la Bresse. Je réalise alors un atterrissage qui pour une fois me satisfait : étape finale correcte, arrondi agréable et posé bien au milieu du champ ! Encore un dernier effort à faire et pas des moindres : plier la voile malgré la fatigue, la faim, la soif et la chaleur torride du pré. Mais l’euphorie de la fin du vol, les souvenirs tous neufs encore dans mes yeux, les sensations encore présentes au cœur, me font toujours tenir le coup très facilement.

Et c’est enfin le retour vers Lyon, sur les routes rectilignes de la banlieue de Bourg-en-Bresse, puis l’autoroute, la civilisation. Deux heures après, je rejoins mes deux colocataires non-volants dans les pentes de Croix-Rousse. Un autre ami est déjà là pour l’apéro alors que je range mes petites affaires. « Alors, c’était bien cet aprèm ? T’as volé ? – Ouais, cool ! J’ai pris pas mal de hauteur ! » Si seulement ils pouvaient comprendre…

:rando:

c’est parfois triste et parfois jubilatoire … non définitivement non ils ne peuvent pas comprendre

:pouce:

Très bon récit encore.

Merci pour le petit moment de lecture, comme si on y était.

Merci pour ce moment de bonheur !
Et félicitation pour le talent !