Ce n’est pas tant l’agriculture intensive qui est critiquée mais plutôt la vitrification des sols qui fait chuter les rendements à moyen terme. Il y a des sols dans la causse qui ne valent plus rien, ils seraient en sable que ce serait pareil. La seule façon de “cultiver” ces sols morts est d’utiliser massivement des intrans chimiques.
Claude Bourguignon explique que nous avons des semences de blé dont le potentiel génétique est de 150 quintaux à l’hectare, en France on en tirait 100 quintaux à l’hectare dans le années 80 , nous n’en tirons plus que 85-90 quintaux à l’hectare en raison de l’appauvrissement des sols dû aux produits phytosanitaires. Il ne sert donc à rien de manipuler génétiquement ces semences pour les rendre encore plus productive. Leur productivité est déjà supérieure à ce que permet la qualité des sols.
Les semences de blé OGM ne sont pas des semences destinées à augmenter les rendements, leur modification génétique ne vise qu’à les rendre résistantes au glyphosate (roundup) qui est un désherbant total, mais il ne tue pas que les plantes. Il contribue à vitrifier les sols, donc pour lutter contre la chute des rendements, l’agriculture intensive doit aussi employer des intrans, engrais chimiques dont les prix augmentent de plus en plus, cela menace la pérénité des exploitations.
En Argentine pour que la culture intensive du maïs soit retable, il faut au minimum exploiter 600 hectares, vu la chute des rendements et l’augmentation des prix des engrais et pesticides, la taille de la surface minimale viable tend à augmenter. Les exploitants ne disposant pas des surfaces nécessaires pour que l’exploitation soit viable (> 600 hectares) tendent à disparaitre, si leurs exploitations ne sont pas rachetées, les quantités produites diminuent donc l’agriculture intensive peut contribuer paradoxalement à nourrir de moins en moins de personnes à cause de la baisse des quantités totales produites.
Pour résoudre le problème, on ajoute plus (+) de ce même problème.
Le problème est aussi que cette agriculture intensive est fortement subventionnée et les surplus concurrencent les cultures vivrières paysannes des pays moins développés ou du moins de ceux qui ont adopté les règles de l’OMC. Certains pays d’Afrique ont encore des règles de protectionnisme pour sauvegarder leur agriculture vivrière mais ils sont de moins en moins nombreux. Les pays du nord ont développé leur agriculture grâce au protectionnisme et comme à présent ils croulent sous les surplus, ils tentent de faire adopter des règles dans le reste du monde pour pouvoir vendre leurs productions dans le plus de pays possibles en leur demandant/imposant la levée des barrières douanières…pas cons les pays riches.
A part cela il est tout a fait possible de cultiver du maïs, du soja ou du blé bio. Sans aller jusque là il est donc aussi possible de les cultiver en utilisant moins de produits afin que les rendements augmentent à nouveau ou du moins se maintiennent. Le problème est que le soja OGM sert essentiellement à nourrir le bétail, souvent c’est pour nourrir le bétail de l’élevage intensif car il y a aussi des éleveurs qui n’utilisent que les paturages, ils suffit d’avoir des paturages de bonne qualité pour nourrir correctement le bétail, mais il faut des surfaces en conséquence. Bref si on laissait l’agriculture et l’élevage des pays du sud croitre au lieu de concurrencer leurs produits alors que cela contribue à faire disparaitre les producteurs locaux qui ne peuvent résister, il serait possible d’augmenter les quantités produites et de nourrir tous le monde.
Il existe de nombreuses associations qui font plus ou moins le même constat. Ce qu’il manque c’est la volonté politique. C’est aux citoyens de réclamer ces mesures politiques et pour le faire, encore faut-il savoir pourquoi, connaitre les problèmes et les solutions proposées, parce que peut être que Claude Bourguignon n’insiste pas assez sur les solutions mais il se trouve, comme il l’explique, que lorsqu’il était à l’INRA et qu’il a commencé il y a 30 ans à parler des problèmes liés à l’appauvrissement des sols, on lui a demandé de se taire. L’INRA soutenait la voie du agriculture soutenue par les produits chimiques. A l’heure actuelle l’INRA fait machine arrière et reprend les travaux de Claude Bourguignon, ce n’est peut être pas pour rien.
Bref, ce n’est pas à Claude Bourguignon de proposer toutes les solutions pour résoudre les problèmes, par contre il contribue à développer une partie de ces solutions, d’autres s’occupent d’autres problèmes. C’est aussi à toi de faire des recherches pour connaitre graduellement un peu mieux le problème, mais des solutions existent même si Claude Bourguignon n’en parle pas ou peu, ou pas assez en termes explicites. Préserver les sols c’est aussi préserver l’agriculture, qu’elle soit intensive ou non. C’est ce qu’il dit.
(encore une tartine, désolé, j’espère que certains comprendront que le problème ne peut se résumer à 2 lignes, s’il y a moyen de le résumer en 3 lignes, je suis preneur).