Coucou à tous :coucou: ,
Puisque vous aimez les récits, voici celui que j’avais écrit en 1997 suite à mon premier grand vol :vrac: . Autant vous dire tout de suite que j’ai assez rapidement quitté cette “école” et ce moniteur, bien connu (mal) chez vous d’ailleurs et très controversé chez nous :grrr2: .
Le voici tel que je l’avais écrit à l’époque. Si ça vous plait, j’en ai un autre (vol dans un orage dans les Pyrénées lorsque j’avais à peu près 25 vols :affraid: ! Avec le même mono évidemment).
Mon premier grand vol
Après avoir hésité pendant des mois, après avoir vaincu (en pensée) mon vertige, après la théorie, la pente école, mes premiers petits vols sur un terril, … enfin le grand jour était arrivé, j?allais faire mon premier grand vol.
Quel bonheur mais quelle angoisse et quelle nervosité.
Vendredi, nous voilà parti avec enfants, voiles et bagages, direction Laragne où nous devons retrouver Brigitte et Bernard, Maggy et Jean-Marc, Michel, Gérard, et toute la bande, pour plusieurs jours. Samedi, le mistral soufflait trop fort, pas question de voler. Heureusement car les montagnes me paraissent subitement tellement hautes; j?aurai encore 24 heures pour me préparer.
Enfin le dimanche. Petit conciliabule avec Michel : on va à Séderon. J?entends : Cathy, tu prends la première navette. Quoi, déjà? Ça y est, cette fois il faut que j?y aille! On monte au déco. Oulàlà! C?est haut. J?ai le trouillomètre à zéro. Je le dis à tous ceux qui veulent bien m?écouter (!), on me réponds que c?est normal. Ouais, mais ça ne m?aide pas beaucoup. Michel m?explique mon plan de vol, très simple : je décolle et je vais tout droit vers l?atterro et puis je fais mon approche. J?ai bien mémorisé d?où vient le vent. ?On? me prépare. Mais oui, car subitement, je ne me rappelle plus de rien. Ah, ça me revient, les freins en mains, les B sur les bras, les A dans la paume des mains. ?On? vérifie tout : les attaches, le casque, la radio. OK, je suis p r ê t e !!! Les bras en croix, j?attends un peu, car moi je ne suis pas prête. J?ai peur. Je me calme. Je me concentre. Je respire. Puis … d?un coup, je lève les yeux. Ça va très vite. Je vois une voile. Mais, c?est pas normal. Elle est en crevette à quelques mètres du sol devant moi. Et puis un bruit … sourd … affreux … je sens un choc sur le sol dans mes pieds. Tout le monde court vers le bas. J?entends : il y a un type qui s?est planté. Oh non, c?est pas vrai! J?entends les voix, les gens vont et viennent, ça a l?air assez grave. Les secours s?organisent.
Mais ma vie continue, je dois voler. Et l?hélicoptère va arriver. Il faut se dépêcher. C?était déjà difficile, maintenant, c?est devenu un challenge pour moi, je dois voler. J?entends Michel à la radio dire que c?est un peu turbulent. J?appelle Luc : ça veut dire quoi un peu turbulent. ?C?est pas grave, tu verras, c?est comme une balançoire?. Ah bon, ça va, j?aime bien la balançoire. Bon, je suis prête, j?ai décidé d?y aller. Je cours. Raté! Je remonte, on me reprépare, on revérifie tout. Je suis toujours prête. Je cours. Je sens la voile qui monte. Je lève la tête, je la vois. Tout va très très vite. J?entends : ?Vas-y, cours, cours, cours … elle est belle?. Je cours et puis … ça y est , j e v o l e !!! Je ne réalise pas très bien comment j?ai fait, mais je vole. Je me concentre : interdiction de regarder en bas, je n?ai pas envie de voir le blessé, j?ai peur de perdre mes moyens. J?essaie de prendre plaisir, c?est pas évident et surtout mon plaisir est court, très court. Tout d?un coup, je commence à être secouée. Les coups sont secs. Rien à voir avec une balançoire. A gauche, à droite. J?ai l?impression d?être tamponnée latéralement. Je ne sais pas ce qui m?arrive. Ah si, je me rappelle, c?est comme en avion quand on doit attacher la ceinture. J?ai compris, ce sont des turbulences. Je suis crispée sur les freins. Mon cerveau fonctionne à toute vitesse : turbulences = mettre en pression. Surtout ne pas lâcher la pression. J?ai peur. Ça se calme un peu. Je souffle. Non, c?est reparti. A plusieurs reprises, le choc est fort : instantanément je décroise les jambes comme pour reprendre mon équilibre. Je prends une décision : si c?est toujours comme ça le parapente, c?est mon premier et dernier vol. Michel me prend en charge à la radio; j?entends : ?ça secoue un peu?. Un peu?? C?est quoi alors quand ça secoue beaucoup? Mais je tiens bon.
Michel m?annonce à la radio que le vent a changé à l?atterro … de 180° et qu?il est beaucoup plus fort. Je dois atterrir par l?autre côté. Je pense à l?atterrissage : ma délivrance. J?approche. Michel m?indique mes manoeuvres à la radio. J?obéis comme un robot. Je vois l?atterro, les arbres, les fils de téléphone, je vois tout très précisément. Je suis bien dans l?axe du terrain, face au vent. Puis j?entends Michel : ?le vent est trop fort, tu vas atterrir dans les arbres, c?est pas grave, tu fais comme pour un atterrissage normal?. Je trouve que sa voix est étrangement calme. J?obéis. Je n?ai même pas peur, aucune panique. Je suis tellement contente puisque je vais enfin atterrir et même si c?est dans les arbres, je vais le faire. Après ça va très vite. J?entends : ?lève les mains pour prendre de la vitesse. OK, freine à fond?. Ça y est, je m?enfonce dans les sapins. Je me raidis. Il y a des branches partout. J?en casse plein avec mes pieds. Et puis, je reçois le sol sous mes pieds. J?ai même réussi à atterrir debout. Ma voile est évidemment pendue dans les sapins. Mais je suis sauvée !! Je suis sur terre, à une centaine de mètres de l?atterro et de Michel. Je crie : ?ça va !!?. Dans ma tête, j?entends : Waaouw !! Dans mon coeur : Boum Boum!!
Le soir, je décortique mes impressions. J?ai encore peur, rétrospectivement. Jean-Marc me dit : ?de toute façon, ne t?inquiète pas, tu as déjà presque connu le pire?. Merci Jean-Marc, je suis rassurée. Cette nuit-là, j?ai bien dormi. Et j?ai volé toute la nuit comme un chef. Malheureusement Jean-Marc s?est trompé… mais ça c?est une autre histoire.
J’ai appris, quelques mois plus tard, que tous mes copains présents l’avaient dissuadé de me faire voler ce jour-là tellement les conditions étaient turbulentes. Mais il s’était obstiné. :grrr:
J’ai encore fait une belle fermeture (1/3) le lendemain (3è vol) à 30 m sol à Laragne, puis début d’autorot :affraid: :grrr2: . Faut dire qu’il nous faisait aterrir à l’intermédiaire (porte-avion pour ceux qui connaissent) et qui est réputée être assez turbulent. Heureusement, ça s’est bien terminé mais autant vous dire que j’ai mis des mois avant de prendre confiance en vol… 
Cat


