1ère Partie : Ma vie est vraiment parfaite
Whouhou !! J’ai failli avoir un accident. Mais je suis parvenu à apercevoir entre deux arbres qui défilent sur l’autoroute, le Mont Myon avec deux bananes fluos qui flottent au dessus de son sommet. Je sautille d’excitation sur mon siège en mettant la musique un peu plus fort, en affermissant ma pression sur la pédale d’accélérateur. « J’ai bien fait », la longue hésitation devant sat24, les balises meteo et tous les sites possibles est récompensée par un grand ciel bleu et quelques cumulus blancs plus ou moins étalés. Comme d’habitude, depuis les étroites ruelles de Croix-Rousse, le temps nécessaire à me convaincre que la journée est bonne me rend en retard sur l’horaire de 2h environ. Une demi-heure de montée, la préparation… je décolle à 15h30 passé. Du centre de Lyon, il faut exactement une heure pour se délivrer de l’étouffante chaleur motorisée de Juillet.
Frein à main énergique. J’ouvre le coffre et commence à faire le tri des choses que je pourrais laisser histoire d’alléger le sac. Ah ouai c’est vrai, le parachute de secours, il faut que je le remette sur la sellette. Manque de pot, le célèbre bout de suspente fine qui sert à faire passer la boucle du pod est resté…je ne sais où chez moi. L’esprit de Mac Gyver me vient en aide avec l’élastique que j’arrache d’un masque de nuit pour les avions. Je me mets torse nu en prévision de la chaleur de la montée, attache ma polaire au sac et prend mon litre et demi d’eau dans la main gauche. Direction là-haut !
Il n’y a personne au parking à part une voiture de touristes étrangers qui en profite pour faire demi-tour. Je remonte le pré en direction de l’atéro, à la recherche du chemin qui monte droit dans la pente. Entre deux buissons, il y a bien un petit panneau en forme de flèche, au pied duquel des traces existent, mais ne forment à peine un sentier. Tant pis, je ne vais pas faire le tour par l’école et la route normale. Je m’engage donc dans cette ascension et bientôt, en regardant dans mon dos, j’aperçois l’étendue de la plaine de la Bresse, aplatie par le soleil d’été. Je suis si excité à chaque fois que je vais bientôt voler, que je marche sans m’arrêter, à la limite de la capacité de mes poumons. Je souffle, la sueur tombe parfois en goutte à goutte par mon menton, mais des gorgées régulières me permettent de continuer. C’est tellement raide, sans chemin vraiment tracé, que je dois naviguer un peu à vue et faire miens les sentiers que les vaches ont tracées.
Les branches des buissons qui griffent légèrement à mon passage, la fin des études il y a un mois, le soleil, les biplaces qui tournoient plus haut, une bonne soirée entre amis prévue ce soir, 15kg d’Ozone dans mon dos, et une fille un peu plus spéciale que les autres dans la liste de mes textos. Pour la première fois, je me dis à moi-même « Ma vie est vraiment parfaite ! » et ça me fait un petit quelque chose.
Je lève les yeux en arrivant dans le pré du décollage : la lame verte, noire et blanche de Jean-Marc Carron surgit de n’importe où, telle l’ombre de l’aigle qui arrive sur le lièvre insouciant ! Il fait des wingovers dans un petit sifflement, jusqu’au sol où il rejoint ensuite ses amis. Harassé, je n’ai pas la force pour monter jusqu’en haut du pré, et la bonne brise de pente qui souffle à cette hauteur m’autorise à déployer l’aile à cette hauteur, et aussi à me coucher là pour reprendre mon souffle. Pas trop non plus car les conditions ont l’air très bonnes.
Après avoir quasiment fini ma bouteille, je déballe un peu tout dans l’herbe verte, pendant que ma main droite écrit à ma mère un petit mot pour lui dire où je suis. Le petit rituel de la préparation s’effectue, chaque ustensile allant à sa place habituelle, sur moi, ou bien sur la sellette gisante. Dérouler l’aile produit cette unique sorte d’explosion mêlant joie, souvenirs, couleurs et léger stress. En clipsant mon casque, je deviens à nouveau ce cosmonaute parmi les papillons, harnaché pour en découdre avec les martinets, prêt à me cogner la tête aux nuages. Je suis enfin prêt à prendre les avants pour affronter le vent. Éole, me voilà ! Je passe avec succès la manœuvre de retournement : toutes les suspentes passent au dessus de mon casque sans rester coincées et je vais pouvoir gonfler face voile dans un instant.
Pas de vent.
Vais-je réussir à décoller ? Plouf ou bien cross d’anthologie ? La suite de mes aventures très bientôt ! 




j’atten la suite moi! 
