J’ai eu le même problème en 2008 après le Raid Chamois : faire du vol rando avec une charge trop lourde est la meilleure façon de se ruiner les jambes et de marquer un but.
J’ai essayé tout ce qui volait en petite taille, au printemps 2009, et j’ai fini par opter pour le nec plus ultra de la légèreté : l’Ozone Ultralite 19 (2,5kg) et une sellette Supair Radicale sur laquelle Rip’Air m’a monté un sac réversible.
Cela étonne toujours les gens quand je tiens mon sac prêt bras tendu sur le petit doigt. 4kg en tout, on ne doit pas pouvoir trouver plus léger.
L’Ultralite existe aussi en 21 et 23m². En 19, elle est homologuée pour 55-95kg de PTV mais je l’ai une fois prêtée à un moniteur pour faire un biplace avec son môme, 120kg de charge. Ils firent un vol magnifique de 45minutes, alors qu’avec la voile de 25m² qu’il avait prise il n’aurait jamais osé décoller dans le vent qu’il y avait. Et encore, j’avais tenu les bretelles du gamin pour sécuriser le décollage, les 19m² ne devant pas arracher - en principe - nos 190kg.
Cela dit un vol de ce genre a fatigué ma voile, c’est certain, mais ce n’est pas apparu au contrôle technique de mai 2011 ni à un pilote essayeur pour la norme EN qui a volé avec en septembre.
Seul problème : atterrir. La voile vole vite et elle ressource assez mal, il faut bien s’appliquer.
L’inconvénient de la sellette Radicale c’est qu’elle ne tient pas bien les réglages. On peut voler grand confort dans un fauteuil pullman mais si on ne retend pas les sangles latérales on retombe dans la sellette en faisant son arrondi et on fait un cratère. Avec les sangles bien retendues, on pose parfaitement.
J’ai essayé la sellette Gin Yéti cet été. J’ai détesté (elle me massacrait les intimités, c’est un truc de mec pour des mecs) et les maillons à la con abîment les boucles des élévateurs. A remplacer par des maillons acier à vis.
A part ça je ne me sentais pas bien dans cette sellette, j’avais hâte d’aller poser.
Quand on investit dans du matos léger, il ne faut pas mollir.
J’ai fait des plafonds magnifiques avec mon Ultralite 19, quand je l’apprenais, et des cross assez sympas.
Je l’ai décollée partout, dans les Aravis et à Chamonix, le plus difficile ce fut au sommet du Mont Blanc par absence de vent, avec la voile qui glissait sur la neige dure.
Le plus délicat ce fut à la Porte des Aravis, sur un pierrier. Il faut faire très attention à ce qu’il n’y ait aucun caillou qui puisse éventuellement couper une suspente, et elles sont aussi fines que ma retraite.
Le plus dangereux, ce fut en haut de la combe de la Torchère, vent un peu travers et deux pas d’élan seulement avant de plonger dans le trou… pas bien profond mais suffisant pour se casser vilain.
Le plus dingue, ce fut à la pointe de Merdassier, avec un vent de cul turbulent. J’avais plusieurs fois décollé l’Ultralite dans du cul un peu fort, sous un col, en utilisant le rouleau pour gonfler, et cela marche très bien… sur Merdassier ce fut un retour au sol avec un impact malheureux de la main gauche : poignet fracturé / hélico / hosto / billard / etc.
Je ne vois pas l’intérêt de voler avec une Ultralite de 21 ou 23m², qui feront marquer un but quand le vent est un peu fort. Avec la 19m², on décolle facile entre 0 et 30km/h. Bruno, avec son gamin en biplace, avait décollé dans un bon 30-35 entre les rafales, effet de venturi banal du col des Frêtes.
Pour voler léger, il faut tout chiader. Pas de secours, pas de bouffe, pas de fringues de rechange, pas de casque, pas de vario, pas de radio, juste un téléphone (et un appareil photo). Les bâtons de rando doivent être pliants et ultra-légers. Si on va en haute montagne, c’est le piolet qui les remplacera mais on ne le porte pas dans l’ascension vu qu’il est dans la main, idem les crampons et la corde.
Je m’autorise seulement une demi-bouteille de Badoit (37cl) et quelques feuilles de PQ (avec un mini-sac congélation pour les redescendre).
Une autre option intéressante est la Montana 21m². Elle n’est pas homologuée mais c’est un jouet formidable, facile à piloter et à peine plus lourde que l’Ultralite. J’ai volé avec la 23 et je l’avais adorée.
Il faut aussi essayer la Gin Yéti, qui ne pèse rien et qui est tout aussi facile.
J’ai aussi volé sous la Dudek 21m² de Bertrand Maddalena, voile très légère, facile et agréable.
Sur la Redbull Elements en mai 2011, les 3/4 des pilotes avaient soit des Ultralite 19, soit des Awak 18 (plus lourde mais beaucoup plus rapide).
Je me suis fait reculer deux fois sous mon Ultralite 19, pas glop du tout. C’est pour ça que j’ai ajouté 1,5kg dans mon sac en volant avec l’Awak : elle vole à 45 bras hauts et pas loin de 60 accélérée à fond, c’est un facteur de sécurité important mais cela se paye à l’atterrissage, la moindre faute et c’est la sanction.
Corinne ne fait quasiment que du vol rando. Elle a essayé plein de voiles en 2009, pour finir par choisir la Dolpo 21m² d’ITV. Sa politique de la légèreté maximale est la même que la mienne et la Dolpo 21, qui montre ses limites en vol sur site, lui convient parfaitement pour le vol rando. Pour le paramoteur et pour faire voler son chien, elle a une ITV Tepee de 28m². Pour le speed, elle a une Whistler 13m².
A chaque usage sa voile.
“Mon pilote” - je l’appelle ainsi depuis que j’ai fait son assistance sur l’AirTour - vole en rando sous une Ozone Swift. Pas plus lourde que l’Awak (je la lui ai prêtée plusieurs fois) elle est plus facile à piloter dans du petit. C’est un des meilleurs pilotes français, ancien de l’Equipe de France, mais ce n’est pas un alpiniste, l’ultra-légèreté ne le concerne pas.
Pour un pilote débutant en vol rando et qui ne peut pas investir dans plusieurs voiles, je conseille toujours la Montana. C’est une voile très agréable, légère, qui plane bien, facile à piloter et assez performante pour une EN B. A mon avis c’est de loin le meilleur compromis, je mettrai la Swift un peu au-dessus mais elle est plus récente et donc plus chère.
J’espère que ce topo éclairera quelques lanternes.
Salut et fraternité*