Allez, je me risque à une analyse de quelques vidéos “type”. Que les experts me corrigent si je me gourre
1/ la vidéo de Stéphane lors de sa tentative de montée au mont blanc il y a deux ans:
http://vimeo.com/6208894
- durée totale: 8:24
Contexte:
- paysages de rêve
- matériel vidéo au top (full HD, fish eye pour grand angle)
- matériel audio au top
- travail de plan au top
ressenti-analyse:
Première partie:
- séquences relativement longues (>30s)
- les explications de Stéphane en direct, ses doutes, ses analyses, la spontanéité du ressenti (contrairement aux sous-titres habituellement rajoutés en post prod), bruit naturel, vario, vent etc…
- le caractère “initiatique”: C’est un jour particulier, Stéphane raconte une histoire, on a le mont Blanc en ligne de mire, on le voit s’en rapprocher: ==> On se laisse forcément embarqué: on sait ou il va, quel est son but, il y a du suspens (arrivera, arrivera pas?)
- les paysages: déjà au dessus de Passy, à 3300 m, Stéph nous en met plein la gueule, ca pèse gros dans la balance.
==> Ce melting-pot créé une ambiance d’immersion totale. On est à la place du pilote, on ressent ce qu’il ressent. Raccourcir les séquences ou réduire leur nombre aurait nuit à l’immersion, les rallonger ou en ajouter n’auraient rien apporté de plus.
Seconde partie:
- Séquences plus courts (entre 10 et 20 secondes)
- suppression du son naturel
- ajout d’une musique douce, planante, peu rythmée.
- Plus d’explications en direct.
- Plus non plus d’histoire, de chronologie, le temps s’arrête. On est passé de l’immersion pédagogique à l’immersion visuelle.
- Raccourcir les séquences à moins de 10 secondes serait rentré en contradiction avec la musique et l’unicité de l’instant. Les rallonger aurait été superflu.
Ensemble:
- malgré le caractère “vidéo embarquée sur casque” il nous scotche pendant plus de 8 minutes grâce à une véritable histoire et à des images uniques. On est à la fois “acteurs” au début puis acteurs-spectateurs à la fin.
2/ vidéo de JBChandelier pour urban side: durée totale: 5:47
http://vimeo.com/35981251
Contexte:
- un énorme travail de cadrage, de jeu de focal
- Du matos vidéo au top du top
- un très gros boulot également en post-prod. (AE?)
- un gros niveau de pilotage
- des séquences ultra-courtes: entre 3 et 5 secondes en général, parfois des rushs de 1 ou 2 secondes. Seul le vrac final passe au dessus de 5 secondes.
- une zik belle et dynamique.
- Principalement des plans extérieurs.
ressenti-analyse:
- Contrairement à Stéphane: absence “d’histoire”, pas de “progression”, celui qui regarde en prend plein la gueule surtout grâce aux plans magnifiquement travaillés, à la succession rapide des séquences et à leur multitude. A peine le temps de capter un plan que l’on passe au suivant, le rythme est effrené. Ambiance “bande annonce” alors qu’avec Stéphane on est en mode “film”. Là où Steph peut pousser la vidéo à 10 minutes voire 20 minutes ou 30 minutes lors de ses tuto-cross s’il en a la matière et la distance, JB aurait de grande difficulté à dépasser les 10 minutes en conservant ce rythme en l’absence de fil directeur. S’il parvient à 6 minutes sans problème, c’est dû à son travail incomparable de réalisateur, ses talents de pilote, ses vues extérieures. Un monteur quelconque ne peut pas dépasser 3 minutes. (je te rejoins sur ce point Marc).
3/ vidéo d’un ami de mon club de Nancy sur la compétition de marche et Vol du Cantal Air Tour (32 minutes)
http://vimeo.com/29709289
Contexte:
- De l’excellent matos vidéo (camescope Full HD)
- Des séquences très longues (souvent supérieures à 30 secondes ou 1 minute)
- Beaucoup de commentaires
- une course pas commune.
Ressenti-analyse:
On est sur un niveau de réalisation encore très différent des deux autres.
La longueur des séquences n’est pas forcément contre-balancée par un visuel imposant, des plans aussi soignés ou selectionnés que ceux de Stéph ou JB, l’immersion a pourtant lieu grâce à ces séquences qui relatent des instants de vie, bien aidés par les commentaires et autres vues google earth. La qualité du matériel vidéo rend également le montage plus agréable visuellement que ce qu’une go pro aurait pu fournir. Hormis certaines séquences que je trouve personnellement trop longues, la plupart des séquences méritent leur durée. Les raccourcir aurait nuit à l’ambiance “initiatique”… Quant au temps total de la vidéo (32 minutes), il ne me choque pas, c’est une durée proportionnelle à la longueur de l’épreuve, de tous ses temps de repos, de marche, de vol, de remise en question… De la même façon que JB est en mode “bande annonce” et que Steph est en mode “Film”, Nico est en mode “documentaire”. Les erreurs techniques sont pardonnées au profit du fond du message.
Conclusion:
On est sur 3 modes de réalisation très différents (4 si on considère que le montage de Stéphane se découpe en deux parties).
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Le montage de JB très speed, visuel, clinquant, parfaitement fini, avec figures très impressionantes s’exporte facilement au delà des frontières du monde parapentiste. En témoigne son incroyable popularité dans le monde (il est passé sur une chaine de CNN quand même!).
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Le montage de Stéphane s’adresse aux parapentistes dans leur globalité, cotoyer ce sommet mythique dans des conditions mythiques avec une telle qualité de réalisation… mais aussi aux amoureux de la montagne de manière plus générale.
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Le montage de Nico, s’adresse à des parapentistes, qui ont la fibre aventure, bivouac, retour aux sources, beaucoup de marche, de rencontre, moins de vol, et vol de moins grande envergure que Steph… forcément ceux qui ne sont pas dans cet état d’esprit trouveront à redire à la longueur du montage, à la réalisation parfois moins poussée que les deux autres montages, les autres apprécieront l’esprit, et le vivront comme un documentaire, à voir allongé sur le canapé devant la cheminée en hiver.
Pour finir avec mon avis:
Il n’y a pas de durée de montage “type”, pas plus qu’il n’y a de durées de séquence “type”. C’est fonction de beaucoup de paramètres, tels que le niveau technique de réalisation, la qualité du matériel, la présence d’indices sonores (commentaires, vent, vario, musique), l’importance donnée au visuel (paysage) comme effets rajoutés en post-prod, l’immersion souhaitée ou non, le type de pratique (acro, vol site, cross, rando, bivouac), et surtout bien évidemment au “sens” que l’on veut donner à noter message.
Je pense que le but d’une vidéo est de voyager et que l’on voyage aussi bien par l’état d’esprit que par les yeux. Ne pas être un expert de l’édition de vidéo ne signifie pas pour autant être incapable de transmettre une passion. 