Hello Patrick, si ça ne te dérange pas, ça m’intéresserait beaucoup d’avoir ton analyse complète des causes de tes 2 accidents.
.Parapente et Facteurs Humains .
IDEM (je crois assez au côté préventif de décrire ce genre de “bêtises”)
P.S je dois avouer qu’il m’est arrivé de décoller dans des conditions dentesques et en connaissance de cause :oops:
Dans les deux cas, les conditions étaient vraiment très fortes avec du vent en altitude, une grosse instabilité et des brises puissantes.
Le premier cas à l’Alpe d’Huez en delta, les parapentes sont cloués au sol. Je vais montrer à ces ‘tout mous’ ce que c’est qu’un vrai engin qui vole ! Ils ont effectivement vu !
Enroulage sous le vent dans des thermiques forts, sortie au dessus des reliefs et au moment où je me pense sorti d’affaire une énorme turbulence me bascule par l’avant. L’aile remord sur le dos, je tombe sur la toile en cassant la quille. Parachute, atterrissage miraculeux sans aucun bobos sur le seul chemin dans une face hostile (delta totalement détruit).
C’était clair, il ne fallait pas voler, mais j’avais trop confiance en moi en en mon delta.
Deuxième accident à Morzine en parapente. Les conditions sont fortes et je conseille à mes collègues moins expérimentés de ne pas décoller. Je vole deux cent mètres et je me prend une énorme fermeture 80% à 40 mètres sol, je réouvre, décroche et tape sur le dos. Bilan une vertèbre écrasée et une fierté rangée au placard.
Même erreur et conséquences plus graves. Le cocktail est classique, excès de confiance, frime, spectateurs, besoin de reconnaissance. On a beau le savoir il est facile de tomber dans le panneau.
C’est le vrai problème de l’excès de confiance, on juge de la prise de risque avec son excès de confiance et l’on a pas l’impression de dépasser les limites. A aucun moment je n’ai eu de doutes sur la faisabilité du vol, je savais que c’était “chaud” mais je pensais avoir la capacité à gérer.
Souvent dans ce cas le seul à ne pas savoir qu’il est en zone rouge, c’est le pilote en excès de confiance. Les membres du groupe voient bien que “roger” est chaud bouillant et qu’il prend des risques. Le jour où cela tape personne n’est vraiment étonné et on regrette de ne pas avoir prévenu “roger”. En tant que moniteur, mon statut me permet plus facilement de mettre en garde les pilotes en zone rouge, mais il serait du rôle de chacun de veiller sur ses collègues.
ps : C’est encore plus énervant de se faire avoir quand on connait parfaitement le fonctionnement du piège. Ma première réaction une fois au sol a été “quel con, mais quel con ! Je le savais.”
Raconté comme ça, je comprends mieux le rapport avec la video. Merci karma+
Merci Patrick pour ce retour. C’est du vu et revu effectivement, même si ce sont finalement rarement des pilotes d’expérience qui impactent dans ces conditions (ce n’est peut-être qu’une impression).
Pour rebondir sur des derniers paragraphes. Autant, conseiller les copains qui possèdent un niveau inférieur à nous, c’est facile; autant je trouve qu’il est délicat de juger de l’aptitude des copains “plus forts que nous” à décoller, puisque ce jugement est fait au travers de notre propre prisme de “plus grande peur” ou “plus faibles aptitudes techniques”. Plusieurs fois, j’ai voulu conseiller à des amis plus doués que moi de rester au sol, avant de me raviser sur le fait que leur limite est plus haute que la mienne. Par chance, aucun n’a encore tapé, donc je n’ai jamais eu à m’en vouloir. Mais quand je vois ces top-pilotes décoller dans des conditions très limites “pour moi” et ne jamais impacter, je me dis que je n’ai rien à dire, qu’ils savent “forcément” ce qu’ils sont en train de faire. Bref, pas facile.
pareil qu’Olivier : le nombre de fois où je me suis entendu dire : “t’es vraiment une poule mouillée : regarde ça le fait”
Encore mieux : un éminent membre de ce forum qui avait volé sous un cunimb au gd colon et qui me répond en se posant alors que je lui explique pourquoi je n’ai pas volé : “oui, j’ai vu. C’est sur qu’il faut maitriser les techniques de descente rapide” …
Bref, je pense que c’est déjà difficile de réfléchir pour soi mais alors pour soi + les autres …
Toute la limite de l’exercice est là.
Mais je pense qu’on peux quand même agir dans cette situation particulière (qui en est une parmi beaucoup d’autre on est d’accord).
Tu auras toujours celui qui décollera sans tenir compte de ton petit avis de gloglo (il vole quand même sous un gun alors que toi t’es même pas en cocon, c’est pour dire) mais
il y a beaucoup de pilotes sensibles à la discussion et contents de partager une analyse (moi le premier) pour prendre sa propre décision.
Il ne faut pas te dire que tu va “conseiller” (problème de légitimité) un autre pilote sur sa décision de grand garçon, mais plutôt entamer une discussion qui pourra peut être
infléchir sa décision. De toute façon je ne suis pas sûr qu’on puisse faire plus, chacun est libre (en apparence bien sûr) de ses décisions.
Il m’arrive régulièrement de renoncer à un vol (surtout en raison des conditions), et dans ce cas j’essaye toujours de discuter avec ceux qui y vont.
Il ne m’appartient pas d’assurer la sécurité des autres, mais si je peux modestement y contribuer tout en enrichissant mon expérience et ma remise en question, j’hésite pas une seconde.
Pour ceux qui vont au carton délibérément (et il y en a), on ne peux souvent rien pour eux…à part croiser les doigts pour qu’ils ne tapent pas trop fort.
J’ai déjà entendu ça et dans ce cas j’ai du mal à garder mon calme légendaire, ces gens là sont des “pousses aux cartons”
Tu peux toujours énumérer avec lui les risques du jour, en ajoutant tes facteurs personnels.
n’oublie pas de lui rappeler que s’il est dans sa phase de confiance il ajoute un risque supplémentaire (cf carton de patrick)
Le prochain qui me fait ça , je lui répond “qui a le mental le plus fort ? , celui qui résiste à son envie de voler , ou celui qui ose se mettre dans une aérologie pourrie”
Ensuite je lui propose la revanche lors d’un stage SIV , ça devrait le calmer , car bien souvent ce ne sont pas des pilotes agueris qui disent cela.
ça me semble différent , s’il a effectivement identifié les risques et qu’il a décidé de les affronter pourquoi pas.
Bonjour,
Mon grain de sel personnel dans cette discussion :
1/ Il m’arrive de temps à autre de ne pas décoller alors que des voiles sont en l’air et que des amis me conseillent pourtant de décoller.
Cela ne m’a pas empêché bien sûr de décoller (rarement) dans des conditions dans lesquelles je n’aurais pas dû le faire…
Mais j’arrive encore en général à être à l’écoute de mes sentiments et de mes sensations et j’espère que cela durera encore…
J’ai toujours un peu peur des “effets de groupe”.
2/ Comme d’autres il me serait difficile de donner des conseils à des pilotes plus expérimentés que moi !
Si ce sont des pilotes que je connais bien, je peux bien sûr discuter avec eux des conditions, mais de là à leur conseiller de ne pas décoller il y a une marge !
3/ Il m’arrive par contre de donner des conseils à des pilotes de passage sur l’aérologie de notre site de vol habituel (que je connais bien) qu’est la Sainte Victoire.
Ils sont souvent demandeurs d’infos et ces discussions se passent en général très bien.
4/ J’ai un contre-exemple dramatique : il y a de nombreuses années j’étais au Pic des Mouches (toujours la montagne Sainte-Victoire) d’où j’avais décollé alors plus de 200 fois.
Un pilote inconnu de passage était là : il avait une trentaine de vols seulement à son actif et n’avait jamais volé de là.
Les conditions étaient absolument involables ce jour-là : vent d’est fort avec de forts rouleaux bien connus juste devant le décollage.
J’ai essayé de le convaincre (pendant près de 2 heures !) de renoncer au vol et de redescendre à pied avec moi.
Il avait eu beaucoup de mal pour monter à pied là-haut et il était exclu qu’il redescende à pied ; le vent allait sûrement baisser et il volerait quoi qu’il arrive !
Que faire dans ces conditions ?
Je suis redescendu seul à pied et j’ai appris le lendemain matin qu’il avait bien décollé et qu’une violente fermeture en sortie du déco l’avait projeté à terre le tuant sur le coup.
Il avait 36 ans et une petite fille de 6 ans.
Heureusement que j’avais essayé de le dissuader de décoller, sinon je crois que j’aurais beaucoup culpabilisé.
J’ai quand même très mal dormi pendant 3 jours, suite à cet accident dramatique.
Qu’aurais-je pu faire de plus ?
On ne va pas couper les suspentes d’un pilote inconnu sur un décollage, n’est-ce-pas, alors ?
Marc Lassalle
On a fait des gros progrès sur ce point :
Avant, ça n’arrivait que quand il y avait des filles (ou gars) au déco.
Maintenant, grâce à la technique, c’est toujours valable, il suffit d’avoir une caméra sur tête :mrgreen:
Et pourquoi pas ?
Il m’est arrivé une fois de couper deux suspentes sur une voile que je venais de descendre d’un arbre sous le décollage de Samoens un jour très fort. Le pilote voulait absolument redécoller malgré les conseils très appuyés !
Ton récit fait froid dans le dos. J’ai l’avantage d’avoir un “statut” sur les décollages et j’ai bien conscience qu’il m’est beaucoup plus facile de me faire écouter qu’un “simple” pilote.
Pour montblanc, c’est tout à fait vrai. 
@Marc: à te lire, je ne crois vraiment que tu aurais pu en faire plus. Je me suis déjà trouvé dans ce genre de cas, heureusement, ça s’est bien terminé pour le pilote qui voulait absolument voler. Mais c’est vraiment des situations de m…
P.S pour Patrick c’est probablement différent que pour un pilote lambda comme moi
Ca fait longtemps que je ne suis pas venu ici et ça fait plaisir de voir que petit à petit les facteurs humains rentrent dans les moeurs 
J’y ai été sensibilisé à l’Armée et ça m’avait paru si évident que je me suis toujours demandé pourquoi le sujet était si peu abordé dans le parapente. Il reste cependant un peu de boulot pour formaliser et synthétiser la chose car en l’état ça me parait encore un peu trop abstrait et peu accessible (je me base sur la conf et le manuel facteurs humains pour cette critique qui se veut constructive).
Ce que j’ai toujours retenu des facteurs humains, c’est qu’il faut se voir comme une machine extrêmement complexe qui dispose d’un tableau d’alarmes avec plein de voyants répartis en globalement 3 grandes catégories : environnement, physio, psycho. Quand tout le tableau est au vert on est top performant, dès que des voyants s’allument ça se dégrade. On peut avoir des voyants d’allumés (j’ai froid, les conditions sont fortes, je suis stressé) tant qu’on en a conscience et qu’on prend des mesures pour compenser les risques associés (j’ai froid => j’essaie de me réchauffer, conditions fortes => pilotage actif et anticipation du renoncement, stress => évaluation du niveau de stress, méthodes de gestion du stress ou renoncement).
Le plus dur dans l’histoire étant d’arriver à prendre suffisamment de recul pour percevoir et analyser tous ses voyants et c’est loin d’être évident ! Et pour cela y’a pas trop de secret, c’est de la connaissance (mécavol, mécanique, mto, anatomie, physiologie, psychologie, etc), du retour d’expérience et… de l’objectivité (pas facile d’auto-évaluer son “état de fonctionnement”, souvent on nie en bloc l’évidence).
Prenez-vous au jeu, ça ne peut que faire progresser !
J’aime bien l’idée des voyants qui s’allument mais que l’on ne voit pas.
Il faut partir du principe qu’il y en a beaucoup et qu’ils ne peuvent pas être tous au vert en permanence.
Dans notre progression , il faut apprendre à les voir et connaître l’action à faire pour compenser.
Plus on arrive à en gérer , plus on s’éloigne du risque.
Moins on en voit , plus on s’en remet à la chance.
Pour la partie psycho , c’est surement encore plus complexe que ça.
ca ressemble à notre très cher et honorable concorde, non ?
(bon, ok, mon coté toulousain ressort un peu … ;))
J’hallucine quand même quand je lis que certains se sont fait traité de lopette parce qu’il ne décollait pas…
Du haut de ma grande expérience (un peu plus de 100 vols), je n’ai jamais entendu de tel propos, que ce soit de la part de proche, ou de personnes extérieurs sur un déco.
Alors, soit les gens ont une certaines retenue vis à vis de moi et n’ont jamais osé me le dire (j’en doute…), soit vous êtes vraiment tombé sur des cons… Ou soit vous exagérer un peu…
Personnellement, il est rare que j’ai eu a renoncer à voler, le plus souvent, c’était au Grand Ratz, site un peu capricieux et déco vite scabreux si mal alimenté, et à la dent de crolles où j’ai plusieurs fois été la haut avec trop de vent de sud. Et encore, on est monté au déco à chaque fois, mais si j’avais été seul, j’aurai renoncé au col des ayes…
En choisissant correctement le site en amont en fonction de la météo, en évitant les journées qu’on sait d’avance “compliquées” (vent annoncé forcissant, instabilité trop marqué avec développement trop important…) et en se rendant sur les sites à des horaires convenables (genre pas 14h à st andré ou a laragne…), on limite quand même le nombre de “but”.
En tout cas je sais déjà ce que je répondrais au connard qui viendra me faire l’article pour me pousser à voler…
Ceci explique cela, mais ce type d’attitude est très courant , seul ceux qui restent au sol peuvent en témoigner.
en vol du matin, plouf ou vol rando, je n’ai que très peu de but … Mais si tu commences à chercher les journées fumantes où ça crosse (essaye les grosses journées vers 12h00 à St Hil), tu optimises tes chances de rester au déco.
Comme il y a des gens à freiner pour éviter la cata, Il faut aussi savoir qu’il y a des gens (dont je fais peut être partie) qu’il faut pousser. Peut être que c’est pour cela que certains insistent en disant “mais si tu peux y aller”
C’est le rôle d’un enseignant ,il a été formé pour ça.
Pour les autres je ne vois pas ce que ça leur apportent, à part des mauvaises nuits et des remords en cas d’accident.
t’as très bien fait;
Je fais de même lorsque les pilotes sont beaucoup moins expérimentés que moi et les rares fois où je l’ai fait y a pas eu de problème.
Maintenant chacun est libre de mener sa vie comme il veut.
Je suis petit parapentiste et petit randonneur en montagne.
Mon raisonnement est le suivant:
La météo en parapente et en montagne (avalanche , pris dans le mauvais temps…)c’est 80% du risque d’accident , voire 90% en parapente.
Mon engagement dans les 2 disciplines est proportionné au rapport que je fais entre mon niveau et la météo.
Je demande toujours aux locaux quand je fait qq chose car rien ne vaut l’expérience et la connaissance des lieux à mon niveau ,que ce soit pour les avalanches ou l’aérologie.
Et bien sûr que je remercie ceux qui veulent bien me faire les mises en garde et je les respecte.
Dans les facteurs psy il y a des éléments qui interviennent dans la prise de décision consciemment ou à l’insu de son auteur qui renvoient:
au bénéfice primaire: ex je ne redescends pas à pieds…
à la résistance au respect des règles: la règle est théorique et moi je fais comme je veux…(je passe m^me si le feux sur la voie ferrée est rouge ( j’en ai connu)) et là le problème c’et que le garçon va à l’accident et m^me après dira que ce n’et pas de sa faute. Un ptit côté arano : le risque c’est pas lui mais les autres
à la dimension phallique: j’en ai un plus grand…( il me paraît peu fréquent en parapente loisir ce qui n’est plus le cas en compet, oui , oui)
incompétence inconsciente:on vole en A on se met en l’air parce qu’il y a des voiles en l’air et que l’aérologie est pourrie mais le pilote est incapable de l’évaluer.
…
à une prochaine