Salut Surfair et tous mes autres admirateurs, :mrgreen:
Un mien copain, que je trouve très con, dit que l’expérience des autres c’est un peigne pour les chauves. Il refait donc les mêmes conneries que les autres et il refuse de corriger les siennes parce qu’il ne veut pas savoir que ce sont des conneries.
Je n’étonnerai personne en précisant qu’il aime beaucoup les Shadoks.
[i][b]Rimaye des Droites, peu avant la nuit. Nous venons de redescendre 600m dans la face N à coups de rappels, sous la neige, nous sommes trempés, gelés et fatigués par la tension nerveuse. Dernier rappel, nous avons pris pied sur le glacier d’Argentière et quand je rappelle la corde elle fouette et se coince à 12m. Dialogue :
- Bon, je m’encorde, tu m’assures et je vais la chercher, c’est à vaches.
- Pas question, pense à Gervasutti !
- OK, c’est ta corde.
Je sors l’Opinel et je coupe. Mon copain avait lui aussi lu “Montagnes, ma vie” et il savait comme moi comment Giusto Gervasutti s’était tué en allant rechercher un rappel coincé.[/b][/i]
Pour en revenir à la controverse amicale
avec Surfair, je précise que j’ai toujours tenu le plus grand compte de l’expérience des autres, en alpinisme comme en parapente et en pilotage automobile, et que c’est en regardant piloter Barry Sheene que j’ai appris à aller bien sur le mouillé quand je courais en moto.
[i][b]Couloir Whymper, un petit matin d’août. Nous avons bivouaqué sous le sommet de l’Aiguille du Jardin, sommet de l’Aiguille Verte à 7h, bonnes conditions pour descendre. Au milieu du couloir, la neige me plait. Dialogue :
- J’ai une idée : et si on descendait en ramasse avec les crampons ?
- Tu es dingue ?
- Armand Charlet l’avait fait avec un client, Terray et Lachenal aussi au Bietschhorn, et j’ai déjà fait à l’Aiguille d’Argentière. La neige est parfaite, c’est skiable et on ne risque pas d’aller loin si on se loupe.
Aussitôt dit, j’y vais pour voir. Cela “fait” bien, il me suit et nous voilà partis à toute pompe, nous croisons une cordée complètement ahurie et en quelques minutes nous sommes à la rimaye. Ce matin-là, nous avons mis 3/4h pour descendre le Whymper.
L’année précédente, dans des conditions épouvantables, j’avais mis 7h.[/b][/i]
21 Avril 2009. 74ème vol, ciel bâché. Mon parachute est au pliage, ma voile est au marquage et je vole sous une Dolpo S de 23m². Je me fais aspirer au-dessus du lac, il doit y avoir un congestus au-dessus du stratus. Oreilles… bipbipbip… cercles…bipbip… angoisse… 360 engagé ? Je ne sais pas faire, alors je tourne à 45° d’inclinaison en tenant bien l’extérieur, 4 tours à gauche…bipbipbip… 4 tours à droite… bipbip… encore 4 à gauche… bip… la dérive m’a fait sortir de la zone dangereuse, je me remets aux oreilles avec l’accélérateur… bip… bip… puis plus rien. Ouf ! Cela descend tout doucement mais cela descend.
Le lendemain, sous une Arriba XS. Deux ploufs sympas, la voile me va bien et au 3ème vol il y a de la brise, petit soaring… Gast ! Ce n’est pas bon du tout, je décide d’aller poser et je m’écarte du relief. Brutalement, à 200m/sol, je ne sens plus rien, je tombe, la voile claque très fort et elle shoote devant, quasiment à l’horizontale. Dans ce genre de plan, que faire ? Me reviennent en mémoire mes lectures de l’hiver du bouquin de Pierre-Paul Ménégoz : j’ai encaissé une frontale, l’abattée est due à une reprise de vitesse de la voile, “reste bras hauts en la tenant bien, cela va sortir”… Tout ça se passe très vite… et je revole… en marche arrière ! C’est une énorme rentrée de vent qui vient de mettre tout le monde à la rue, les atterrissages se font tous en catastrophe. Un pilote se met exprès dans la haie de cyprès du plombier, je plante un 360 très agressif pour me remettre face au vent près du sol et poser en marche arrière en roulé-boulé avec des tours de freins frénétiques, les biplaceurs sont à l’agonie mais ils s’en tirent bien grâce aux copains qui attrapent leurs freins.
C’est passé, avec une voile de 21m². Avec la mienne, qui en faisait 24, je serais partie sur les toits de Talloires.
Après ces deux alertes, j’en ai parlé à Pierre-Paul. Il avait vu mon sketch, il m’a dit que dans des conditions aussi violentes je m’en étais bien tirée et que j’avais le niveau pour faire un SIV, que j’apprendrais beaucoup de choses et que je pourrais voler plus sereine. J’avais (ré)appris à voler avec lui l’année précédente, suite à un grave accident, c’est un formidable pédagogue et j’ai toujours suivi ses conseils. 
Quand j’ai un doute, j’en parle à Pierre-Paul. C est un grand bonhomme, il le sait et il sait aussi rester humble.
Ugh !