
Il y a une dizaine d’année à la Réunion, grâce à son neveu, j’ai rencontré Gérard Bosson 
Il nous invite (un pote et moi) chez lui, nous offre le kawa, nous raconte un peu ses périples puis nous monte au déco du 1600. Je décolle avec une clé monstrueuse qui bloque la commande gauche en position assez basse.
Quand je tire à droite, je descend à la verticale alors que je rase déjà les arbres …impossible de toucher aux commandes, la voile virant constamment gauche toute de manière prononcée, je suis obligé de basculer tout mon poids sur la droite pour espérer avoir un vol à peu prés droit.
Dégagé du relief, je tente en vain d’enlever la clé.
Je commence à m’énerver car impossible d’enrouler, de tracer une belle droite, de manœuvrer correctement et le mauvais taux de chute me rapproche à nouveau du relief bien accidenté avec plein de lignes HT en dessous. je m’excite et finis par donner des coups de butor car je me rapproche dangereusement des lignes HT qui sont bien hautes & quadrillent le secteur. je parviens enfin à enlever la clé mais je suis trop bas par rapport au relief (alors qu’à plus de 1000 m/océan) et désormais les lignes électriques me barrent toutes les routes.
Je décide de me vacher sur un terrain en friche en pente, pas face au vent mais bon, on ne chipote pas trop dans ces cas là. Concentré, je me pose nickel.
A ce moment, un créole court vers moi avec une machette à la main …on m’avait prévenu que les locaux pouvaient être chauds et que dans certains coins, la propriété est sacrée.
Je me dis qu’il va me hacher menu …surtout qu’il se pointe à tout berzingue avec une drole de « lumière » dans les yeux …arrivé sur moi, il se jette sur ma main qu’il serre chaleureusement.
On discute puis il me dit : « ben on est loin de tout ici, comment vous allez repartir ? »
Je lui réplique que je pense redécoller (avec hésitation … d’un simple regard, j’avais bien vu que c’était bien moisi de décoller dans ce secteur car c la jungle).
Il n’y croyait pas …ça lui semblait impossible. Il me dit au ralenti : “vous a-llez re-dé-co-ler !?” en me regardant comme un E.T. Il m’a félicité et m’a serré très chaleureusement la main puis est retourné à ses préoccupations.
Perso, j’étais content mais je n’en menais pas large : rien face au vent, seul endroit possible, bien latéral au vent, déco dans des bambous avec à peine de quoi poser la voile sur un petit plat non alimenté par le vent puis passer à travers les bambous, raser des arbres et s’engager dans une petite goulotte/couloir très étroit à faible pente avec des plantes partout mais qui aboutit sur le vide.
Je ne sais pas si ça passe et même si j’arriverai tout simplement à lever la voile …ça pue, c technique, il faut être très précis et il faut avoir de la chance (pas se faire déporter car aucune marge de manœuvre) …’faut y aller en force, ne pas douter et se faufiler sans raccrocher une suspente.
J’arrive à lever la voile, avance, elle se raccroche aux bambous …j’annule.
Je me décale derrière les bambous car c pas possible devant.
Je retente, charge la voile comme un taureau et m’élance en courant sur les buissons, pousse les bambous des pieds, parfois en marchant dessus, raccroche le haut de 2/3 bambous sans soucis puis le bout de branche d’un arbre d’environ 60 cm, je pousse sur les A pour forcer la voile, la branche morte (coup de chance car assez légère) casse mais reste accrochée à plusieurs suspentes sans trop déformer le profil, je vire en douceur à gauche dans la goulotte alors que suis à moins d’un mètre/sol …avec le virage, j’ai perdu de l’altitude, heureusement la goulotte est 1 à 2 m en dessous par rapport à mon déco…je me retrouve à quelques dizaine de cm du sol coincé dans la goulotte avec le relief à droite comme à gauche à quelques cm des stabilos …bien fébrile …je touche qques plantes vertes mais ça passe.
J’arrive à l’atterro, retrouve le neveu et lui propose un verre pour le remercier. A 11h. on entre dans un bar créole de St Leu. En 1h, une dizaine de créoles entrent et systématiquement viennent nous saluer amicalement. A force, je lui demande s’il les connaît …il me répond négativement et me questionne …ben moi non plus.
C’était une époque formidable ou tout le monde se saluait amicalement à St Leu …3 ans après, avec l’affluence touristique, ce salut si sympathique avait disparu.
Les parapentistes locaux me dirent par la suite qu’il était impossible de décoller du secteur ou je m’étais vaché… bref, j’ai eu bcp de chance.